Sexualité et génitalité

On a trop tendance à réduire la sexualité à sa dimension génitale alors que nous sommes tous appelés à mettre en oeuvre nos sexualités au sens large vers d'autres formes d'altérité au service de ce vers quoi elle tend : la rencontre de l'autre. Sortir de l'autosuffisance, aller à la rencontre d'autrui, telles sont les forces vives qui nous sont données.
On peut renoncer à la sexualité génitale sans renoncer aux autres sexualités (1).
La sexualité nous met sur le chemin de l'autre. En entendant ce discours, je retrouve sous une autre forme, ce que j'appelais peut-être de manière pédante l'éros. Et de fait en traduisant sexualité = éros on rejoint tout un discours théologique et ecclésial qui en élargit encore le sens, jusque dans la toute dernière encyclique de Benoît XVI (Deus est amor) qui lui consacre de longs paragraphes. Entendre ces mots comme une éloge de la sexualité dans son sens le plus large, c'est commencer un chemin vers l'amour vrai, l'agapè...
On peut même alors parler de la sexualité du prêtre, qui est une autre forme d'exercice du don de la sexualité en l'homme : un instrument, un désir au service de l'amour dans son acception la plus large.

(1) F. Sand, ibid

L'orgasme, joie divine ?

L'origine étymologique du mot : orgasme = joie divine (1) est-il anecdotique où "dans le plan de Dieu". Peut-on dire, à la suite de la Genèse que Dieu en a fait le cadeau à la créature, et qu'il vit que cela était bon. On peut débattre sur ce thème, adopter une attitude puriste, janséniste. Notre culture actuelle pousse plutôt dans un sens différent, voire dans une idolâtrie pure et simple du plaisir.
La vérité pour moi est entre les deux. Il y a une cohérence à trouver entre le plaisir reçu et le plaisir partagé. L'orgasme s'inscrit parmi les talents donnés à l'homme, pour rendre grâce à Dieu et porter du fruit aux hommes. C'est dans cette double dimension que l'on peut chercher ce qui peut faire de notre vie conjugale un lieu de plaisir et un chemin de croissance et de fécondité.
La louange qui peut accompagner le plaisir s'inscrit quant à elle dans l'ordre de la liturgie. C'est ce que nous enseigne Jean Paul II dans ses catéchèses du mercredi lorsqu'il évoque la liturgie des corps...
(1) F. Sand, ibid

Sexualité, nos origines

F. Sand (1) rappelle à la suite des travaux de Freud, deux dimensions complémentaires de la sexualité :
a) la sexualité pulsionnelle qui chez l'enfant correspond à l'investissement progressif du territoire particulier de son corps passant par les phases orale, anale et phallique. Mais dans ce cadre, elle rappelle aussi la prise de conscience des sens, et notamment le plaisir de voir et de sentir. Cet attachement à l'odeur perdure toute la vie et que l'on peut en retrouver la trace dans nos sexualités conjugales dans la mesure où elle conditionne nos préférences personnelles, les nôtres, celle de notre conjoint.
La prise en compte de l'environnement de la rencontre est déjà une manière de l'humaniser. En respectant nos attachements réciproques et nos origines, nous sommes au service d'une plus grande qualité.
b) la sexualité-idéal qui nous pousse à investir fortement des valeurs, des idées. Il ne s'agit pas d'un plaisir génital mais d'une jouissance dont la prise de conscience est bien utile dans le couple.
Aller ensemble au Cinéma entre dans la sexualité-idéal. Cela peut même être un partage spirituel. Le plaisir de partager des valeurs comme toute forme de plaisir est lié à la sexualité.
Plus largement encore, ce qui touche aux "grands transcendantaux" comme le vrai, le beau, le bon est au service de l'harmonie conjugale, de la symphonie à construire.

(1) propos recueillis lors d'une conférence de F. Sand, conseillère conjugale du CLER et auteur de 25-35 ans, l'âge du labyrinthe, Bayard 2005, à l'institut de la famille, le 13 mars 2006, à l'occasion des conférences "cycles fiancés", organisé par les CPM

Cycle de conférences

Il reste deux conférences au cycle "Spécial fiancés" de l'institut de la Famille de Paris.
Lundi prochain, Luc Crépy nous parlera de "Choisir le mariage chrétien"...
et lundi en 8, votre serviteur, en live sur : "Vivre son sacrement"... :-)

Dernier Adam

Je découvre, grâce à l'Evangile au quotidien, ce texte de Jacques de Saroug, moine et évêque syrien (vers 449-521), tiré de l'Hexaméron ; Homélie pour le sixième jour (1) : "D'une certaine manière, Adam a été créé à la fois simple et double ; Ève se trouvait cachée en lui. Avant même qu'ils n'existent, l'humanité était destinée au mariage, qui les ramènerait, homme et femme, à un seul corps, comme au commencement. Aucune querelle, aucune discorde, ne devait s'élever entre eux. Ils auraient une même pensée, une seule volonté? Le Seigneur a formé Adam de poussière et d'eau ; Ève, il l'a tirée de la chair, des os et du sang d'Adam (Gn 2,21). Le profond sommeil du premier homme anticipait les mystères de la crucifixion. L'ouverture du côté, c'était le coup de lance porté au Fils Unique ; le sommeil, la mort sur la croix; le sang et l'eau, la fécondité du baptême (Jn 19,34)? Mais l'eau et le sang qui ont coulé du côté du Sauveur sont à l'origine du monde de l'Esprit. Adam n'a pas souffert du prélèvement fait dans sa chair ; ce qui lui avait été dérobé lui a été rendu, transfiguré par la beauté. Le souffle des vents, le murmure des arbres, le chant des oiseaux appelaient les fiancés : « Levez-vous, vous avez assez dormi ! La fête nuptiale vous attend ! »? Adam vit Ève à ses côtés, celle qui était sa chair et ses os, sa fille, sa soeur, son épouse. Ils se sont levés, enveloppés d'un vêtement de lumière, dans le jour qui leur souriait. Ils étaient au Paradis."

Quel beau commentaire qui renforce l'analyse paulinienne qui voit en Christ le dernier adam. On y retrouve également une correspondance intéressante avec l'analyse d'Ephésiens 5, ou le lien entre le mariage et la passion est explicitement lié, comme les deux faces d'une même image, d'un même amour véritable.

(1) trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, Médiaspaul 1988, vol.1, p.27

Syndrome post-marital

Quelles sont les raisons qui peuvent pousser un jeune couple, juste marié à sombrer vers la rupture. A force de retourner le problème, j'en vois plusieurs (non exhaustif) :
- chez l'homme, après l'effort d'arriver au but : le mariage, il n'y a plus d'effort à faire. Elle est mienne, elle est acquise, et toute la séduction s'effondre dans une routine où l'on exige de l'autre ce qu'on est en droit d'attendre, sans répondre à l'attente...
- avant, le couple était une association de célibataire, qui ne prenait dans le conjugal que ce qui lui apportait de positif, mais sans aller dans le décentrement véritable de l'amour. L'amour est renoncement, il n'est pas dans la seule jouissance de l'autre...
- la belle famille n'existait pas, jusqu'au mariage. Mais quand on prépare la fête, et après, elle prend une place que l'on imaginait pas et l'on s'aperçoit que l'autre est aussi "fils de", "fille de ". Une étape est à franchir...
- l'arrivée de l'enfant est un lieu fréquent de crise, parce que l'on épouse une femme et elle se retrouve mère. Si rien est fait, à deux dans le respect des différences, alors le couple n'a plus de sens en soi...

Les solutions :
- le plus simple et ce que personne ne fait cependant, est d'aller consulter chez un conseil conjugal... Parce qu'il ne faut pas grand chose pour rebâtir, avant que l'irrémédiable se produise...
- le dialogue est à travailler, en toutes hypothèses, pour dénouer les noeuds...

Quelques pistes : "Bonheur dans le couple"

Famille, lieu de communication de l'amour

"La famille reçoit la mission de garder, de révéler et de communiquer l'amour, reflet vivant et participation réelle de l'amour de Dieu pour l'humanité et de l'amour du Christ Seigneur pour l'Eglise son Epouse" (1)

Cela ne veut pas dire que la famille soit un lieu de paix, mais cette proximité partagée, à laquelle se mèle les liens du sang est une école de l'amour. Le mariage appelle à cela, à être un premier signe efficace dans cette réalité là et c'est c'est peut-être aussi la première grâce reçue, premier germe d'un amour donné et qu'il faut faire germer dans cette "petite cellule de base" avant de la laisser rayonner, des graces reçues de cette joie trouvée et partagée.

(1) Redemptoris Custos, Exhortation apostolique de Jean-Paul II, § 7 reprenant Fam. Consortio Nº 17