Conférence à l'Institut de la Famille

Juste pour souligner une intervention plus longue que ce simple blogue.
Lundi dernier, ils étaient une petite centaine à venir nous entendre (mon épouse et moi) sur le thème "Vivre son sacrement".
Vous en trouverez pour quelques temps, la version texte sous ce lien

A cette occasion, une question des auditeurs réveille en moi quelques échos...
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La Confusion des genres

Juste pour signaler la sortie chez Bayard de ce nouveau livre de Xavier Lacroix : La Confusion des genres qui donne un éclairage chrétien construit à ce problème difficile de l'adoption par deux personnes du même sexe.
Il y reprend deux articles parus dans Etudes, complété par un argumentaire détaillé sous forme de questions réponses à des propos souvent peu fondés.

On y lit un propos qui reprend ce que je dis plus bas sur la chasteté dans sons sens parental, cette capacité à mettre entre le parent et l'enfant la juste distance qui lui permettra de grandir sans étouffer, de s'éveiller et de partir. En discutant avec X. Lacroix hier de ce livre, il me soulignait le risque fréquent dans un couple de même sexe d'un manque de pudeur sur leur intimité sexuelle vis-à-vis de l'enfant. Les conséquences de ce voyeurisme ou de relation qui peuvent devenir incestueuses me semblent graves sur la construction de l'équilibre de l'enfant.

Un sujet difficile et un livre qui apporte de bonnes réponses.

Chasteté...

La chasteté n'est pas la continence sexuelle mais bien cette attitude où l'on prend distance. L'autre n'est pas objet mais autre.
Etre chaste, c'est descendre de sa tour de désir et construire avec l'autre une symphonie fragile où chacun est respecté, tel qu'il est.

La chasteté est aussi parentale, dans l'art de laisser l'enfant être, devenir, grandir et partir.

On peut se demander si chasteté n'est pas de l'ordre de cette distance et proximité qui caractérise la relation entre l'homme et Dieu. Distance qui respecte l'autre dans sa dimension entière et proximité dans cette kénose où je m'agenouille devant l'autre, je me fait proche, tout amour et tout don...

Homme et Femme, il les créa...

En ce jour de Deuil pour l'Eglise, je veux saluer ici celui qui a tant fait pour le couple et notamment une spiritualité du corps...

Citons dans le désordre (non exhaustif) :
- Jean Paul II, Encyclique Evangelium Vitæ
- Jean Paul II, Exhortation Apostolique Familiaris Consortio
Les Tâches de la famille chrétienne,
- Jean Paul II, Lettres aux Familles, Mame-Plon,
Paris, février 1994
- Jean Paul II, Catéchèses du mercredi,
du 5 septembre 1979 au 28 novembre 1984 (4 ouvrages) :
- A l'image de Dieu Homme et Femme,
Une lecture de Genèse 1-3, Cerf, Paris, mars 1985
- Le corps, le coeur et l'esprit, Cerf, Paris, octobre 1984
- Résurrection Mariage et Célibat,
L'évangile de la rédemption du corps, Cerf, paris, mars 1985
- L'Amour humain dans le plan divin, Cerf, Paris septembre 1985
Une série plus longue mais plus accessible qui permet de mieux comprendre la pensée deJean Paul II sur le mariage, dans un style moins difficile que les encycliques. Quelques merveilles, en particulier dans le dernier tome sur le lien entre l'amour humain et l'Eucharistie.
Karol Wojtyla [Jean Paul II], "Amour et responsabilité",
Stock, Paris, novembre 1978
Difficile mais donnant une bonne analyse d'une sexualité responsable

Donner le temps au temps...

Donner le temps au temps.
Souvent nous voulons maîtriser le temps, l'organiser. Est-ce que ce n'est pas une façon de s'ériger en Dieu, et donc de tomber au coeur même de la chute que décrit Genèse 3. L'arbre de la connaissance et de la maîtrise.
C'est pourtant le chemin inverse sur lequel nous conduit la méditation de l'Ecriture. Après le massacre des prêtres, Elie est conduit par Dieu au désert (1 Rois 19). Pendant 40 jours, il va marcher dans le désert. Pourquoi ? Comme pour l'Exode et ses 40 années de pérégrinations vers la terre promise, il s'agit d'apprendre à mettrede la distance entre sa toute-puissance et le temps de Dieu. Trouver le temps de Dieu, passe par une dé-maîtrise, un dé-centrement.
C'est aussi le lieu d'une chasteté. Non pas au sens où on l'entend souvent : celle d'une pure continence sexuelle, mais bien celle qui laisse l'autre être, sans que l'on lui prenne son temps, sans lui faire violence. La chasteté, c'est la marche au désert où je quitte ma volonté de puissance pour trouver le souffle fragile d'un autrement.
Elie au bout du chemin parvient sur la montagne. Mais Dieu n'est pas dans le tonnerre ou le feu. Il est dans le "bruit d'un fin silence". Le souffle ténu d'une liberté qui nous laisse libre mais qui ne se manifeste que lorsque l'on a abandonné la maîtrise du temps, quand on a rejeté le désir de maîtriser l'autre et nous même. Ce n'est plus alors la violence mais l'épiphanie d'une présence.
Le fruit de la chasteté, c'est peut-être rejoindre cette tempérance qu'évoquait déjà Aristote dans l'Ethique à Nicomaque. Loin de nos passions frivoles, loin de l'urgence, le temps de Dieu, le temps qui nous échappe mais qui prend alors toute sa mesure.

Séparation - II

Au delà de ce discours théorique, il reste cependant la réalité d'une vie.
Et la prise de distance est souvent la meilleure façon de remettre de l'ordre dans ses idées, de reprendre pied quand un quotidien ne permet plus de dépasser la violence et la haine.

Séparation

La séparation est visiblement utilisée par des couples chrétiens, si l'on en croit je ne sais quel site d'avocats qui précise qu'elle est rare et permet parfois de mettre de la distance dans une situation tendue et parfois irréparable...

Si elle est temporaire et permet de mettre de la distance dans une situation trop conflictuelle, on peut en comprendre l'utilité. Mais si elle est l'antichambre d'un divorce cela m'interpelle, en particulier lorsque l'autre ne dispose pas de la même solidité psycho-affective.

Cela reste une solution "moderne". Mais cette "tentation" a plusieurs inconvénients qui me semble majeurs :
1) que va devenir l'autre, quand je décide de me séparer ?
2) suis-je prêt a vivre les inconvénients cumulatifs (solitude, culpabilité, fragilité) qui sont connexes à ce type de solution,
3) il fait porter un poids lourd aux enfants qui vont rester toujours déchirés entre leur amour pour chacun des parents et comme toujours se sentir responsables...

Mais surtout, la séparation/divorce n'est pas compatible, a priori avec l'engagement pris lors de son mariage. Quelle que soit les conditions de celui-ci, les non-choix et les difficultés qui l'ont précédé, le mariage reste un engagement personnel, une volonté de s'unir à quelqu'un pour la vie, pour le meilleur mais aussi le pire. Ce n'est pas un contrat que l'on peut rompre pour incompatibilité de sentiment, mais bien l'engagement d'accompagner l'autre quand il est fragile, malade, souffrant et cela même lorsqu'il n'est pas à la hauteur de l'attente.
C'est dans l'assymétrie du recevoir et du don que l'on peut juger de l'existence d'un amour véritable et non dans l'existence ou non de sentiments pour l'autre.

Aimer ce n'est pas être transporté par l'autre dans un élan passionnel mais entrer dans une dynamique qui implique le don de soi et donc un décentrement...

Ce sens éthique du mariage est au coeur de l'engagement chrétien. Bien sûr, on peut l'ignorer et passer outre. Il reste difficile de juger les actes et la capacité à suivre un oui jusqu'au bout. Mais cela reste pour moi quelque chose d'essentiel, de fondamental. Il est certain, que dans mon cas, c'est plus facile à dire, puisque je ne vis pas le pire. Mais voilà ce à quoi je tient.